Quand on voyage, il y a des moments où les choses semblent concorder toutes ensemble dans un but précis. A certains moments, on a l'impression que le sort s'acharne un peu et ce, souvent pour des bêtises, une clef de cadenas perdue, un autre qui ne veut plus s'ouvrir, un lacet qui casse, puis une sangle de sac, une fermeture Eclair qui s'ouvre par le bas, la carte bleue qui ne fonctionne plus... enfin tous ces petits trucs qui font chier mais qui finalement n'ont aucune importance. Tout sentiment d'urgence présent, dans mon cas, pour résoudre le problème qui survient, immédiatement, fait place à une certaine philosophie (barbarisme populaire) et à une remise au lendemain possible de ladite résolution. Le temps est finalement une chose bien relative.

D'aucun dira "oui c'est facile en vacances de prendre son temps" ! Certes, mais prenez-vous votre temps en vacances ? Bon alors d'aucun ajoutera "Ben oui mais non mais il faut du temps pour prendre son temps !" Voilà, il faut du temps pour prendre son temps. On lutte pour réussir à s'autoriser une chose naturelle (prendre son temps), enfin une chose qui, en dehors du monde, du rêve que l'on a créé, n'existe tout simplement pas. Où veux-je en venir ? Nulle part. Voilà encore un trait très marqué de notre conditionnement. Parfois il est bon de ne pas savoir où l'on veut en venir, sans se soucier du temps, juste en vivant l'instant pour ce qu'il est, comme pour planter une graine de réflexion, d'énergie, de partage, sans en demander plus.

Dans ces moments de vide, que l'on pourrait remplir de colère, d'envie ou de regrets, il survient toujours de très bonnes choses.

Je suis donc en ce moment "bloqué" à Salta puisque j'attends qu'une nouvelle carte bleue soit fabriquée et me soit envoyée. En effet la mienne ne fonctionne plus, dieu sait pourquoi. Je ne peux donc plus retirer d'argent, ni au distributeur, ni à la ventanilla, le guichet. Il me reste 130 pesos sur les 200 que m'a prêté un ami argentin rencontré ici pour tenir 5 jours. Aucun soucis ici si je reviens à un mode de consommation comme je l'ai en Europe, c'est à dire faire attention un petit peu. Je me cale donc dans un hostel (auberge de jeunesse) et vais passer un peu de temps à le prendre (le temps).

Dans un certain équilibre naturel, on rencontre donc des situations qui en dépit d'une présence forte à priori, c'est à dire qu'elles paraissent anodines, s'insinuent de manière à créer des moments plus ou moins inoubliables, voire des moments qui vont changer votre manière de penser et de voir les choses. Ces rencontres peuvent rester à l'état de passage, peuvent créer une émotion, un émoi. Elles peuvent aussi, rarement, se trouver être des rencontres d'âmes dirons-nous. Ces rencontres sont d'une force incroyable. Il est de ces gens que l'on reconnaît au premier coup d'œil, que l'on reconnaît sans les connaître. Il existe des personnes qui nous sont proches alors que nos vies sont très différentes. Cela se jauge immédiatement dans la façon de bouger, de s'asseoir, de sourire, de marcher, de se positionner sur ses jambes, de dodeliner de la tête ou non. On ne peut donc s'empêcher de se parler, il y a comme une évidence, une facilité qui nous invite à prendre des nouvelles de la personne que l'on connaît déjà sans la connaître... Alors on commence à discuter de rien et vite, le tout prend sa place. La discussion devient profonde en 10 minutes, on échange sur des convictions, des croyances, tout en riant de complicité sur un événement quelconque. La même attention se porte sur un oiseau perché, la même intention de continuer ce moment naît conjointement. Souvent, le temps de rencontre est limité, à 4 jours, un après-midi, parfois simplement 2h. Et là on se surprend à autoriser des choses que d'habitudes on ne ferait pas, on se laisse guider par son instinct. Puis les secondes frappent de plus en plus fort le moment de l'au-revoir. Rien ne s'est passé, et tout est passé. Le temps s'est contracté pour transmettre de l'amour, simple, noble. Je parle ici d'échanges platoniques, entendons-nous bien. Le plus fou est que bien souvent, la personne que l'on rencontre de cette manière va nous donner une chose par instinct qui sera pour nous comme une clef, très importante. la conjonction se fait de façon douce et évidente, le passeur nous attendait, la transmission s'est faîte, dans les deux sens. Une impression que l'autre tombe du ciel appui un sentiment fort de gratitude qui va grandissant dans les heures, les jours qui suivent.

Ces rencontres sont des indicateurs, des signaux que l'on est en droit d'écouter ou non. Quand on les écoute, ils nous ouvrent les portes d'une nouvelle compréhension des choses, comme si les éléments qui le composent se bouleversaient totalement pour revenir dans un nouvel ordre, éclairé de possibilités et de libertés incroyables.