Où en est-on ?
Par Stéphane le mercredi 29 juillet 2009, 14:28 - Blog de Voyage - Lien permanent
Voici deux mois exactement que j'ai mis les pieds sur le sol Argentin. Il est temps pour moi de partager avec vous quelques observations, qui, après réflexion, viennent en même temps que l'idée des portraits et font suite à une discussion avec mon ami Luis fabian, argentin vivant à Nantes. Mon expérience personnelle me renforce dans mon idée de départ, l'homme est le même partout avec des différences extrêmement riches à partir du moment ou on le lit ou on l'écoute. On découvre alors des mondes dans les mondes. Ici il y a de grosses différences entre Buenos Aires et Salta par exemple. L'une est très occidentale, l'autre Andine. Mon impression est que l'occident se perd dans sa course au developpement et au toujours mieux de demain. Nous vivons dans la peur du lendemain jusqu'à en oublier aujourd'hui. Nous avons peur de mourir, et peur que cela s'arrête. Pour cela nous sacrifions notre bonheur jusqu'à ne presque plus vivre et donc cultiver une petite mort chaque jour, alors que c'est ce que nous craignons... Les peurs des maladies nous stressent jusqu'à nous rendre malades. Nous cultivons nos cercueils et alimentons par l'urgence du monde, des besoins de résolutions qui créent de nouvelles dépendances. Bien entendu cela n'est pas manichéen, le progrès amène des choses merveilleuses et par manque de sagesse, au nom de celui-ci nous nous empoisonnons.
Quelques maladies auto-immunes qui se répandent peuvent nous amener à de grandes réflexions sur nos modes de vie. Nous cherchons toujours à l'extérieur les solutions, ou les causes des choses. Un peu de bon sens parfois peut nous faire simplement réfléchir à nos maladies modernes, le cancer par exemple. Et si ce n'était pas que l'environnement qui nous rendait malade (grillades, vins, ...) mais notre société ? Et si notre course au mieux nous arrêtait "naturellement" ? Hier, j'ai visité un musée où est exposée une momie vieille de 500 ans.

Pour en savoir plus, visitez le site du musée archéoloique de haute montage de Salta (MAAM)
Cela nous rapproche vraiment de manière saisissante de nos ancêtres et de sociétés bien bien différentes. C'est un peu comme si on exposait dans une colonie martienne dans 500 ans, un corps d'homme ayant connu la terre... Les scientifiques ont donc analysé, décortiqué, déshabillé, exposé cette momie d'une petite fille de 7 ans. Quand je dis momie, on n'est pas face à des bandelette, mais bien à une conservation incroyable de l'aspect physique de la petite fille.
Outre le voyage spirituel, cela m'a fait pensé à une chose. Je ne crois pas avoir entendu parlé de traces de cancer dans les restes archéologiques pourtant très étudiés de part le monde. A quand remonte donc cette pathologie et comment pourrait-on analyser l'environnement social des malades afin de faire naître de nouvelle théories. Sans doute en existe-t-il, mon ignorance me fait vous demander si vous en connaissez. N'hésitez pas à m'en faire part.
Continuons. Pasteur disait : "le poison c'est la dose !" Nous passons notre vie à la gagner pour pouvoir "en profiter". Voilà la notion importante qui change le paradigme. Pour nous, et moi le premier, pendant un certain temps, profiter de la vie était lié à la notion de biens. Je travaillais pour pouvoir ensuite "me faire plaisir", c'est à dire acheter des biens qui me permettait de me faire plaisir. "Me faire plaisir", "me faire plaisir", au bout d'un moment, cela a fini par sonner un peu comme une mauvaise formule magique. Formule qui couvrait, masquait des "trucs" grossiers. Le magicien de music hall fait croire à une magie dont il connaît les mécanismes mieux que personne et qui pour lui, n'a rien à voir avec la vraie magie, la foi. Un magicien est finalement l'homme le plus loin de ce qu'il montre, il crée une magie artificielle qui détruit pour lui, la vraie magie. Qu'est-ce que se faire plaisir ? C'est finalement un concept bien personnel, qui, j'en ai l'impression, est appliqué à tous (parce qu'on le veut bien) comme quelque chose qu'on ne peut remettre en cause. Pourquoi cela ? Car bien souvent, au moment où on se pose ces questions, l'entourage revient avec ses propres voies sans issues pour vous dire "Mais tu ne peux pas vivre de rien, tu aimes quand même te faire plaisir ?"
Question à laquelle, si on n'a pas décortiqué le sens profond de ce que cela veut dire pour nous, nous répondons forcément "oui c'est vrai, j'aime me faire plaisir...donc je ne peux m'interroger sur mon mode de vie qui me le permet !" C'est un peu comme s'arrêter aux épines du cactus. A l'intérieur de la plante, on trouve jusqu'à 30 litres d'eau, que l'on ne tire pas en croquant à grandes bouchées dans le piquant. Raccourcis, elypse de réflexion menée par un contexte social que nous même nous nourrissons. Il est donc question de s'extraire de cela pour pouvoir interroger réellement le sens, et distinguer la forme que nous croyons être inséparable de notre culture, donc de notre identité. Nous ne sommes ni notre culture, ni notre corps, ni notre esprit mais simplement une énergie qui peut reprendre sa liberté sur ses outils (corps, esprit, culture, environnement...).
Depuis deux mois, je me mets en mode "enfant", c'est à dire que je bois ce qui se présente sans rester campé sur ce que je pourrais croire être ce qui me constitue. Ainsi, l'apprentissage et l'intégration sont très différents. On me demande aujourd'hui toujours d'où je viens, et la réponse "France" surprend. On me prend plus pour un brésilien ou Italien ou autre. Au Maroc, il s'etait passé la même chose, à Madagascar aussi, croyant toujours que j'étais né dans le pays. Ceci n'est pas une dépersonnalisation mais tout le contraire je crois.
Pour en revenir à une observation plus sociale et politique, ici, d'une certaine manière on prend du retard à la course mondiale par choix de vie, ce qui crée des aberrations puisque l'on applique un modèle de vie à des habitudes contraires. La vitesse se heurte à la contemplation. Je regarde les chiens des rues, beaucoup. (bon les filles aussi mais c'est un autre sujet :-)) Je crois qu'ils sont comme les hommes il y a quelques temps, paisibles, profitant de ce que l'environnement offre, ni plus ni moins, avec leurs coutumes leurs rythmes.
Imaginez mettre un moteur de Formule1 dans une deux chevaux, le chassis (culturel) ne suivra pas, et on se heurtera à des soucis de fonctionnement. La deux chevaux a beaucoup de charme, ce n'est pas le même usage qu'une auto de course, alors pourquoi vouloir en faire un bolide si c'est pour passer son temps au garage plutôt que de visiter à petite vitesse des chemins inaccessibles en Formule 1.
Moi je dis ça, je dis rien !...
Commentaires
Un roi sur le point de mourir fait venir ses fils et leur dit : « Je veux partager mes biens entre vous, équitablement. Que chacun, selon son désir, me réclame son héritage. Ainsi toute contestation sera écartée ».
L’aîné déclare sans détour :
- Donnez-moi toutes vos armées rangées en ordre de bataille, tous vos châteaux avec les guetteurs aux remparts, tous les bois où je placerai mes soldats, les ports d’où s’élanceront les navires qui iront asservir la terre ...
- Prends ce que tu demandes, dit le roi. Tu seras le plus puissant et le plus haï des mortels. Ton nom resplendira comme l’Enfer jusqu’aux dernières générations. Mais le jour de ton couronnement, tu mourras d’une maladie dont j’aurai gardé le secret.
Le deuxième fils dit alors :
- Laissez-moi ce que la patience et l’étude vous ont appris. L’alphabet. La divination. La courtoisie. L’art de tromper le faible et de séduire le puissant. La connaissance des climats et des guérisons.
- A toi le savoir, dit le roi. Tu seras le plus sage et le plus aimé des mortels. Ton nom resplendira comme les feuilles d’un seul tremble jusqu’aux dernières générations. Mais le jour de ton couronnement, le premier barbare venu t’égorgera.
C’est alors que le troisième fils dit à son père :
« Ne me donnez rien de tangible, mais seulement ce qui va vous manquer : le bruit de la pluie et du vent, le clair de lune, la floraison de l’olivier, ma propre voix ... »
Ainsi le dernier fils ne fut-il jamais couronné. Souverain sans peuple ni trône, il régna sur quelques pétales de rose, un carré de pois de senteur, les scintillements de la nuit, le surplace des libellules, la sortie en plein jour de la belette, le tintamarre des carreaux pendant l’averse de grêlons.
El Tio
Cuento de Silvina Ocampo
Tiens voila pour fêter tes deux mois... une bise et la liebre dorada de silvina Ocampo
En el seno de la tarde, el sol la iluminaba como un holocausto en las láminas de la historia sagrada. Todas las liebres no son iguales, Jacinto, y no era su pelaje, créeme, lo que la distinguía de las otras liebres, no eran sus ojos de tártaro ni la forma caprichosa de sus orejas; era algo que iba mucho más allá de lo que nosotros los hombres llamamos personalidad. Las innumerables trasmigraciones que había sufrido su alma le enseñaron a volverse invisible o visible en los momentos señalados para la complicidad con Dios o con algunos ángeles atrevidos. Durante cinco minutos, a mediodía, siempre hacía un alto en el mismo lugar del campo; con las orejas erguidas escuchaba algo.
El ruido ensordecedor de una catarata que ahuyenta los pájaros y el chisporroteo del incendio de un bosque, que aterra las bestias más temerarias, no hubieran dilatado tanto sus ojos; el antojadizo rumor del mundo que recordaba, poblado de animales prehistóricos, de templos que parecían árboles resecos, de guerras cuyas metas los guerreros alcanzaban cuando las metas ya eran otras, la volvían más caprichosa y más sagaz. Un día se detuvo, como de costumbre, a la hora en que el sol cae a pique sobre los árboles, sin permitirles dar sombra, y oyó ladridos, no de un perro, sino de muchos, que corrían enloquecidos por el campo.
De un salto seco, la liebre cruzó el camino y comenzó a correr; los perros corrieron detrás de ella confusamente.
—¿Adónde vamos? —gritaba la liebre, con voz temblorosa, de relámpago.
—Al fin de tu vida —gritaban los perros con voces de perros.
Este no es un cuento para niños, Jacinto; tal vez influida por Jorge Alberto Orellana, que tiene siete años y que siempre me reclama cuentos, cito las palabras de los perros y de la liebre, que lo seducen. Sabemos que una liebre puede ser cómplice de Dios y de los ángeles, si permanece muda, frente a interlocutores mudos.
Los perros no eran malos, pero habían jurado alcanzar la liebre sólo para matarla. La liebre penetró en un bosque, donde las hojas crujían estrepitosamente; cruzó una pradera, donde el pasto se doblaba con suavidad; cruzó un jardín, donde había cuatro estatuas de las estaciones, y un patio cubierto de flores, donde algunas personas, alrededor de una mesa tomaban café. Las señoras dejaron las tazas, para ver la carrera desenfrenada que a su paso arrasaba con el mantel, con las naranjas, con los racimos de uvas, con las ciruelas, con las botellas de vino. El primer puesto lo ocupaba la liebre, ligera como una flecha; el segundo, el perro pila; el tercero, el danés negro; el cuarto, el atigrado grande; el quinto, el perro ovejero; el último, el lebrel. Cinco veces la jauría, corriendo detrás de la liebre, cruzó el patio y pisó las flores. En la segunda vuelta, la liebre ocupaba el segundo puesto, y el lebrel siempre el último. En la tercera vuelta, la liebre ocupaba el tercer puesto. La carrera siguió a través del patio; lo cruzó dos veces más, hasta que la liebre ocupó el último puesto. Los perros corrían con la lengua afuera y con os ojos entrecerrados. En ese momento empezaron a describir círculos, que se agrandaban o se achicaban a medida que aceleraban o disminuían la marcha. El danés negro tuvo tiempo de levantar un alfajor o algo parecido, que conservó en su boca hasta el final de la carrera. La liebre les gritaba:
—No corran tanto, no corran así. Estamos paseando.
Pero ninguno la oía, porque su vos era como la voz del viento.
Los perros corrieron tanto, que al fin cayeron exánimes, a punto de morir, con las lenguas afuera, como largos trapos rojos. La liebre, con su dulzura relampagueante, se acercó a ellos, llevando en el hocico trébol húmedo que puso sobre la frente de cada uno de los perros. Éstos volvieron en sí.
—¿Quién nos puso agua fría en la frente? —preguntó el perro más grande—, y ¿por qué no nos dio de beber?
—¿Quién nos acarició con los bigotes? —dijo el perro más pequeño—. Creí que eran las moscas.
—¿Quién nos lamió la oreja? —interrogó el perro más flaco, temblando.
—¿Quién nos salvó la vida? —exclamó la liebre, mirando a todos lados.
—Hay algo distinto —dijo el perro atigrado, mordiéndose minuciosamente una pata.
—Parece que fuéramos más numerosos.
—Será porque tenemos olor a liebre —dijo el perro pila rascándose la oreja—. No es la primera vez.
La liebre estaba sentada entre sus enemigos. Había asumido una postura de perro. En algún momento, ella misma dudó de si era perro o liebre.
—¿Quién será ese que nos mira? —preguntó el danés negro, moviendo una sola oreja.
—Ninguno de nosotros —dijo el perro pila, bostezando.
—Sea quien fuere, estoy demasiado cansado para mirarlo —suspiró el danés atigrado.
De pronto se oyeron voces que llamaban:
—Dragón, Sombra, Ayax, Lurón, Señor, Ayax.
Los perros salieron corriendo y la liebre quedó un momento inmóvil, sola, en el medio del campo. Movió el hocico tres o cuatro veces, como husmeando un objeto afrodisíaco. Dios o algo parecido a Dios la llamaba, y la liebre acaso revelando su inmortalidad, de un salto huyó.
C'est en préface des mémoires de Claude Lanzmann "Le lièvre de Patagonie" faudra lire ça bien sur.
Merci pour ces deux contes magnifiques, ce sont de très beaux cadeaux que j'apprécie énormément.
@ Tio : le plus beau des royaumes est celui qu'on reste libre de contempler sans pensée gestionnaire.
@ Mick : Dis donc mon lapin, qui sont tes chiens à toi ?