Voici deux mois exactement que j'ai mis les pieds sur le sol Argentin. Il est temps pour moi de partager avec vous quelques observations, qui, après réflexion, viennent en même temps que l'idée des portraits et font suite à une discussion avec mon ami Luis fabian, argentin vivant à Nantes. Mon expérience personnelle me renforce dans mon idée de départ, l'homme est le même partout avec des différences extrêmement riches à partir du moment ou on le lit ou on l'écoute. On découvre alors des mondes dans les mondes. Ici il y a de grosses différences entre Buenos Aires et Salta par exemple. L'une est très occidentale, l'autre Andine. Mon impression est que l'occident se perd dans sa course au developpement et au toujours mieux de demain. Nous vivons dans la peur du lendemain jusqu'à en oublier aujourd'hui. Nous avons peur de mourir, et peur que cela s'arrête. Pour cela nous sacrifions notre bonheur jusqu'à ne presque plus vivre et donc cultiver une petite mort chaque jour, alors que c'est ce que nous craignons... Les peurs des maladies nous stressent jusqu'à nous rendre malades. Nous cultivons nos cercueils et alimentons par l'urgence du monde, des besoins de résolutions qui créent de nouvelles dépendances. Bien entendu cela n'est pas manichéen, le progrès amène des choses merveilleuses et par manque de sagesse, au nom de celui-ci nous nous empoisonnons.

Quelques maladies auto-immunes qui se répandent peuvent nous amener à de grandes réflexions sur nos modes de vie. Nous cherchons toujours à l'extérieur les solutions, ou les causes des choses. Un peu de bon sens parfois peut nous faire simplement réfléchir à nos maladies modernes, le cancer par exemple. Et si ce n'était pas que l'environnement qui nous rendait malade (grillades, vins, ...) mais notre société ? Et si notre course au mieux nous arrêtait "naturellement" ? Hier, j'ai visité un musée où est exposée une momie vieille de 500 ans.

Pour en savoir plus, visitez le site du musée archéoloique de haute montage de Salta (MAAM)

Cela nous rapproche vraiment de manière saisissante de nos ancêtres et de sociétés bien bien différentes. C'est un peu comme si on exposait dans une colonie martienne dans 500 ans, un corps d'homme ayant connu la terre... Les scientifiques ont donc analysé, décortiqué, déshabillé, exposé cette momie d'une petite fille de 7 ans. Quand je dis momie, on n'est pas face à des bandelette, mais bien à une conservation incroyable de l'aspect physique de la petite fille.

Outre le voyage spirituel, cela m'a fait pensé à une chose. Je ne crois pas avoir entendu parlé de traces de cancer dans les restes archéologiques pourtant très étudiés de part le monde. A quand remonte donc cette pathologie et comment pourrait-on analyser l'environnement social des malades afin de faire naître de nouvelle théories. Sans doute en existe-t-il, mon ignorance me fait vous demander si vous en connaissez. N'hésitez pas à m'en faire part.

Continuons. Pasteur disait : "le poison c'est la dose !" Nous passons notre vie à la gagner pour pouvoir "en profiter". Voilà la notion importante qui change le paradigme. Pour nous, et moi le premier, pendant un certain temps, profiter de la vie était lié à la notion de biens. Je travaillais pour pouvoir ensuite "me faire plaisir", c'est à dire acheter des biens qui me permettait de me faire plaisir. "Me faire plaisir", "me faire plaisir", au bout d'un moment, cela a fini par sonner un peu comme une mauvaise formule magique. Formule qui couvrait, masquait des "trucs" grossiers. Le magicien de music hall fait croire à une magie dont il connaît les mécanismes mieux que personne et qui pour lui, n'a rien à voir avec la vraie magie, la foi. Un magicien est finalement l'homme le plus loin de ce qu'il montre, il crée une magie artificielle qui détruit pour lui, la vraie magie. Qu'est-ce que se faire plaisir ? C'est finalement un concept bien personnel, qui, j'en ai l'impression, est appliqué à tous (parce qu'on le veut bien) comme quelque chose qu'on ne peut remettre en cause. Pourquoi cela ? Car bien souvent, au moment où on se pose ces questions, l'entourage revient avec ses propres voies sans issues pour vous dire "Mais tu ne peux pas vivre de rien, tu aimes quand même te faire plaisir ?"

Question à laquelle, si on n'a pas décortiqué le sens profond de ce que cela veut dire pour nous, nous répondons forcément "oui c'est vrai, j'aime me faire plaisir...donc je ne peux m'interroger sur mon mode de vie qui me le permet !" C'est un peu comme s'arrêter aux épines du cactus. A l'intérieur de la plante, on trouve jusqu'à 30 litres d'eau, que l'on ne tire pas en croquant à grandes bouchées dans le piquant. Raccourcis, elypse de réflexion menée par un contexte social que nous même nous nourrissons. Il est donc question de s'extraire de cela pour pouvoir interroger réellement le sens, et distinguer la forme que nous croyons être inséparable de notre culture, donc de notre identité. Nous ne sommes ni notre culture, ni notre corps, ni notre esprit mais simplement une énergie qui peut reprendre sa liberté sur ses outils (corps, esprit, culture, environnement...).

Depuis deux mois, je me mets en mode "enfant", c'est à dire que je bois ce qui se présente sans rester campé sur ce que je pourrais croire être ce qui me constitue. Ainsi, l'apprentissage et l'intégration sont très différents. On me demande aujourd'hui toujours d'où je viens, et la réponse "France" surprend. On me prend plus pour un brésilien ou Italien ou autre. Au Maroc, il s'etait passé la même chose, à Madagascar aussi, croyant toujours que j'étais né dans le pays. Ceci n'est pas une dépersonnalisation mais tout le contraire je crois.

Pour en revenir à une observation plus sociale et politique, ici, d'une certaine manière on prend du retard à la course mondiale par choix de vie, ce qui crée des aberrations puisque l'on applique un modèle de vie à des habitudes contraires. La vitesse se heurte à la contemplation. Je regarde les chiens des rues, beaucoup. (bon les filles aussi mais c'est un autre sujet :-)) Je crois qu'ils sont comme les hommes il y a quelques temps, paisibles, profitant de ce que l'environnement offre, ni plus ni moins, avec leurs coutumes leurs rythmes.

Imaginez mettre un moteur de Formule1 dans une deux chevaux, le chassis (culturel) ne suivra pas, et on se heurtera à des soucis de fonctionnement. La deux chevaux a beaucoup de charme, ce n'est pas le même usage qu'une auto de course, alors pourquoi vouloir en faire un bolide si c'est pour passer son temps au garage plutôt que de visiter à petite vitesse des chemins inaccessibles en Formule 1.

Moi je dis ça, je dis rien !...