Je quitte donc Uyuni ravi de mon tour dans les salares et pas fâché d'aller découvrir d'autres espaces et personnes. Je pars pour Tupiza un peu plus au sud. C'est à une trentaine de kilomètres de là que Butch Cassidy et le Kid, fameux banditos gringos, ont terminé leur carrière de pilleurs de banques et de trains, dégommés par tout un bataillon de l'armée boliviène au début du siècle.

La ville de Tupiza est étonnante de modernité. Il y a des routes, en bitumes, je m'attendais à voir un autre village fait d' Adobe et strié de chemin de terre, pas du tout. Tupiza est une très agréable oasis au milieu du désert. Pendant le trajet, sur les chemins de poussière traversant les immensités, j'ai été très surpris de voir le bus s'arrêter pour prendre et laisser des passagers au milieu de rien, vraiment rien, en plein désert de roches et de cactus. J'apprendrais plus tard que ce sont des paysans qui vivent parfois à 4-5 km de la route, de l'élevage de chèvres pour le fromage et de llamas pour la laine principalement.

Tupiza, ville très sympa, les gens y sont adorables, très sociables si on va leur parler tranquillement avec respect et gentillesse. J'ai quelques éléments de réponses pour comprendre un peu mieux certains comportements des gens d'Uyuni, éléments glanés à Tupiza auprès de guides, également à Rurrenabaque, dans la jungle et quelques éléments aussi donnés par ma traductrice chérie, Claudia qui m'en a dit un peu plus sur l'histoire. La Bolivie est un pays qui a beaucoup souffert de l'exploitation des pays alentours et vous vous en doutez, beaucoup de la force blanche, des gringos venus du Nord et ensuite des "plus occidentaux" comme les argentins du sud.

Les Boliviens sont des travailleurs durs, ils sont extrêmement résistants. La pensée occidentale n'est donc pas passée à côté de l'aubaine d'exploiter ces hommes plus petits (un certain sentiment d'infériorité) et craintifs du fait des persécutions antérieures. Aujourd'hui les indigènes et les gens des campagnes, même s'ils sont "habituer" à cotoyer et à voir des gringos, restent très craintifs et finalement assez désarmés. Ils ne savent finalement pas comment interpréter, comment lire le comportement si différents de ces hommes qui viennent aujourd'hui visiter leurs richesses.

Ainsi on assiste à un vérouillage mutuel. Le bolivien ne connaissant pas le touriste et en ayant peur, va interpréter ses actions et ses réactions avec ce filtre de la peur, donc forcément dans un sens qui va plus vers la fermeture que vers l'ouverture. Dans le même temps, le touriste comprend ces réactions comme une fermeture, un snobisme, un rejet. D'autant plus si le touriste à la bonne idée d'être ce que j'appelle "un bon gros con de touriste", c'est à dire une personne ne cherchant absolument pas à comprendre le pays dans lequel il se trouve, ni les personnes qui le peuple, même un minimum. Au fait, Big Up aux français pour ça, on détient la palme d'or internationale de la mauvaise attitude et du manque de respect à l'étranger pour les gens du pays.. et en local (en France) pour les touristes étrangers ! Je ferai un billet dédié à ce sujet, ceci est très lié aux motivations intrinsèques des "cousins au bout du monde", une notion de respect de soi pour s'ouvrir aux autres, notre relation à notre histoire, à la grandeur de la France et à sa contemporanéité. J'entame aussi une série d'écrits mettant en scène "Jean Peal de l'Estaque, une grenouille en haute mer", ou les aventures d'un français à l'étranger. Pour en revenir à nos chevaux, j'ai été super heureux de fouler les mêmes sols que ces héros du cinéma que sont Butch Cassidy et Le Kid... la veille de faire cette virée équine, je me suis regardé le film de la 20th century fox sur la légende des deux gringos, autant vous dire que le lendemain fût pour moi assez spécial ! Trot, galop, j'adore faire du cheval, quelle sensation formidable de communication avec un animal si grand, encore une découverte !

La journée était faite de trois activités, un tour en jeep, la cavalcade et pour finir la descente en VTT. Après tant de jolis coins vus, et d'expériences nouvelles, j'ai hâte de faire une descente rapide en vélo. Nous montons en Jeep en haut d'un sommet, la vue est splendide, il ne faut pas se rater dans les virages, sinon c'est une chute de quelques centaines de mètres, mais la route est assez large. Une fois en haut le guide vérifie les vélos, très pro, les freins, les roues. Il nous suivra un peu en arrière en cas de problème. Nous descendons à quatre, un couple et une jeune femme anglaise très sympas. Il y a de grosses pierres sur le chemin, ça va assez vite si l'on veut, les demoiselles prennent leur temps, nous nous attendons régulièrement. au bout d'une dizaine de minutes de descente, je me rends compte que mon pneu avant est crevé, j'attends la jeep. Nous démontons la roue, la chambre à air est un vrai gruyère, il y a 4 épines de cactus qui ont traversé le pneu et une multitude de petits trous décorent le morceau de caoutchouc noir.

Il reste peu de place pour mettre encore une rustine quand nous terminons et décidons d'essayer comme ça? Je repars, le pneu reste deux minutes gonflé, je sais que ça ne durera pas alors je descends, vite. Je rejoins les amis anglais et ne m'arrête pas pour profiter du peu d'air qu'il reste. Je ferai la moitié du chemin avec la roue avant crevée et complètement à plat, cela demande un peu de concentration en descente sur terre pour ne pas déjanter, c'est à dire pour que le pneu reste à l'intérieur de la jante. Le mieux est de délester l'avant en mettant le poids sur l'arrière tout en restant bien sur d'avoir les mains sur les manettes de freins ! Ca secoue beaucoup plus fort qu'avec de l'air dans les pneus, l'air amortie énormément les chocs survenus. Bonne expérience que cette descente, je le referais bien avec ou sans air !