De Tupiza, je prends le bus pour rejoindre La Paz tout au nord de la Bolivie à environ 1000 km. On nous annonce 15h de route, nous en ferons un peu plus pour un prix dérisoire cependant, 70 bolivianos, c'est à dire 7 euros. Départ de nuit à 22h et quelques grosses poussières. Je n'appréhendes pas trop ce voyage, les bus présentés sur les panneaux de l'agence de transport que je choisis sont très récents et sont semi-cam, c'est à dire demi-lit, avec sièges inclinables. Le guide avec lequel j'ai discuté m'a dit que la route est bonne, en asphalte. Nous partons donc, le bus plein. Cette fois j'ai pris mon sac de couchage avec moi. Le dernier voyage a été assez terrible au niveau du froid, pour que vous compreniez bien, c'est simple, il y avait de l glace à l'intérieur du bus, sur les vitres... Un froid vraiment difficile à supporter qui vous prend partout, les pieds, les jambes, la tête, avec une impossibilité de bouger pour se réchauffer. Les cars ici sont fait à la mesure des corps Boliviens, les places réservent peu d'espace pour un européen mesurant 30 cm de plus. Le voyage est un peu difficile surtout du fait des odeurs, aller savoir pourquoi mais le bus renifle des effluves de chien mort, honnêtement on a beau dire qu'on s'habitue à tout, à ça, franchement c'est difficile. Il nous faudra attendre l'arrêt à Oruro, 10h plus tard pour respirer, et aller aux toilettes. Un truc à savoir, ne pas boire, ni manger avant un voyage en car en Bolivie, vous devez prévoir de ne pas avoir accès à une quelconque vidange corporelle avant au moins cinq heures et parfois dix. Le "collectivo", le bus, n' a en fait rien à voir avec la photo de l'officine, c'est un vieux car tout-terrain sans toilettes et quand on est parti, on est parti, on ne s'arrête pas ! Je comprendrai très vite pourquoi le bus a une si grande garde-au-sol... la route est asphaltée sans doute mais nous passerons quand même quelques heures à tressauter sur des chemins cahoteux.

Nous approchons de La Paz, des écritures sont lisibles sur les murs des boutiques en support à Evo Morales, le président dit indigène de la Bolivie, un espoir pour certains, une vérité pas si évidente si l'on écoute des avis différents, nous en reparlerons. La Paz est la capitale la plus haute du monde, elle culmine à un peu plus de 4000m pour son point le plus haut. C'est en fait une ville qui se situe dans une cuvette, le centre se situant en bas, le long du Prado ou avenida 16 de Julio. Cette date commémore la révolution Boliviène de 1809 ou les révolutionnaires chassèrent le gouverneur Tadeó Dávila et organisèrent une junte donnant le commandement des troupes militaires au patriote Pedro Domingo Murillo. Les quartiers pauvres sont juchés sur les hauteurs, plus on descend, plus les quartiers sont riches.

La ville est multicolore, les gros bus vert et jaune américains arborent croix et grigris au rétroviseur et de la moumoute sur le tableau de bord. Ils crachent une fumée noire opaque dans les concerts de klaxons et d'appels des crieurs, qui, en équilibre sur les portes des minibus Toyota annoncent dans une tirade monocorde et difficilement compréhensible les destinations et les tarifs de courses : "Plaza Sucre, dos Bolivianitos..."

Il y a beaucoup de bruit, d'agitation, de pollution. On voit ici aussi beaucoup de message pour une Bolivie nouvelle, solidaire et travailleuse. Je m'arrête ici une nuit, le temps de récupérer un peu et de préparer mon excursion à Rurrenabaque, porte de la jungle Amazoniène. Je choisis un hôtel 3 étoiles (pour la moitié du prix d'un Formule 1), j'ai envie d'une douche chaude. Je pourrais ainsi laisser mon matériel, caméra, ordinateur à l'hôtel sans craindre de me le faire dérober. A Tupiza, j'ai perfectionné mon système de transport, un peu las de porter mon sac de 40kg, j'ai trouver un diable pour 20 euros sur lequel j'ai arrimé mon sac, j'ai ajouter à cela un antivol, ce qui me permet de laisser l'ensemble bien homogène attaché à un support fixe. Mon sac ferme également entièrement avec des cadenas. Ainsi pour y piquer quelque chose il faut une pince ou un couteau, c'est possible mais pas très discret, je peux difficilement faire mieux de toute façon. Ici la meilleure des protection est finalement de ne pas prévenir que des choses de valeur se trouve dans son sac. Il suffit de camoufler un maximum pour passer inaperçu. C'est un peu comme dans la nature, le camouflage est le meilleure système de défense.

Je prends un billet d'avion pour rejoindre Rurrenabaque, le transport en car dure 18h et c'est l'une des pires routes du monde qui mène au bord du parc Madidi. Des falaises abruptes bordent une route juste assez large pour que les véhicules puissent se croiser avec à peine 10cm d'espace... Je choisis donc l'avion. Le coucou est tout petit, une vingtaine de places seulement, j'adore, ça me rappelle les petites virées en Cesna avec mon ami Thibault, ancien élève de l'école de chasse.

Nous atterrissons sur une piste en terre et herbe, ça secoue un peu plus que les pistes des aéroport classique. Tout est vert autour de nous. La porte de l'avion s'ouvre sur une chaleur étouffante et humide, les cris des perroquets entre dans nos sacs et soulèvent les rêves d'enfants, alimentent les légendes, nous sommes en Amazonie...

Des Jeeps attendent pour le transfert dans les hôtels et auberges, des français, des hollandais surtout, quelques allemands profitent de ce changement radical de températures, beaucoup viennent des salares d'Uyuni et de leurs froideurs climatique et humaine. Quel changement ! Nous arrivons sur la place principale, une petite auberge a l'air sympa et propose un lit pour 50 bolivianos (5 euros). Je partagerai la chambre avec Johannes, un allemand de Frankfurt. Le dueño (le patron) de l'Hôtel Oriente est super sympa, il m'explique les choses à faire ici et me montre sur plan le développement très récent de la ville alimenté par le tourisme depuis une dizaine d'années. Je choisis une agence qui m'a l'air sérieux et profite de cette soirée tropicale entre billard, rencontres et quelques verres de cervoise bien fraîche, avant de partir pour trois jours de treck dans la jungle.

Neuf heures le lendemain, je fais connaissance avec le petit groupe avec lequel je partagerai 2 jours, Johannes donc et une famille américaine du Texas, les parents et leurs deux grands enfants barbus. Je reste pour ma part une journée de plus dans la jungle, une fois de plus ma petite voix me dit que c'est bien, nous verrons ce qu'il en est. Départ en bateau, en canot pour rejoindre le camp de base situé dans le parc de Madidi, le long de la rivière Beni. Les eaux sont d'un brun clair, les rivages vert profond. Les cris des oiseaux donnent à ce canotage, des allures de spectacle cinématographique.

J'essaye de profiter de tout cela, j'essaye, car en bruit de fond j'entends mes amis touristes discuter de leurs différents voyages. C'est un peu à celui qui a "fait" le plus de pays. Chacun y va de sa surenchère, appliquant à chaque pays un jugement : "C'est bien la Pologne"; "La croatie, bof"; Le Venezuela formidable"... ça me laisse perplexe. Si en effet ils ont profité des pays comme ils profitent en ce moment du spectacle qui se déroule sous nos yeux, je doute de la perspicacité de leurs dires. Comment peut-on dire d'un pays "c'est bien" ou " ce n'est pas bien", sur quels critères ? Quels raccourcis !

Nous arrivons au camp, le soleil tape fort. Trois baraquements sur pilotis sont disposés un U, la salle de restauration et la cuisine en forment la base, et les chambres les jambages. Il y a six chambres ou dortoirs en tout, toutes ont des moustiquaires en guise de fenêtres et des moustiquaires supplémentaires pour chaque lit. Nous ne sommes pas en zone dangereuse pour le paludisme, la limite de la zone rouge est proche mais nous restons en zone blanche malgré tout. Les baraquements ne sont pas fermés, il règne ici une chaleur tropicale, de jour comme de nuit. L'atmosphère est très calme et reposante. Je me sens beaucoup mieux ici, proche du niveau de la mer avec un air humide, qu'en altitude, ou l'air est si sec qu'il provoque des saignements de nez. Nous déjeunons une cuisine très goûteuse et nous reposons ensuite dans les hamacs suspendus un peu partout. Les sons des différents animaux et insectes, grillons, perroquets, nous bercent tranquillement. Nous devons nous acclimater un peu avant la première marche de trois heures. Nous troquons nos shorts et tongs pour des chaussures plus adaptées et un pantalon qui couvre les jambes. Nous cheminons entre les arbres, silencieux, écoutant les sons divers. Parfois notre guide indigène Ovidio s'arrête pour imiter le cri d'un singe, d'un cochon sauvage, d'un oiseau tropicale. Ainsi il sonde l'endroit d'où lui provient la réponse et peut nous guider vers les endroits où nous pourrons observer les animaux.

Il sait aussi reconnaître un certain perroquet, qui lui aussi imite de nombreux cris d'autres animaux... la jungle est un monde passionnant ou la nature procède de nombreux stratagèmes pour la survie des espèces. Ovidio porte bien son nom, comme le poète latin Ovide, auteur des Métamorphoses, il connaît des centaines d'histoire sur la mythologie indigène. Il est né dans un communauté, en plein jungle, petit fils de chaman, il lit dans les plantes leur pouvoir médicinale, et dans les empruntes d' animaux, leur parcours. Ovidio est un exilé de sa communauté dans le monde moderne pour défendre son histoire et préserver les territoires des natifs de la jungle. Il nous explique les relations entre les insectes et les arbres, les croyances des indigènes et les pratiques de châtiments, comme celle qui consiste à attacher le coupable de débordement social à l'arbre à fourmis de feu... Il parait que les piqûres sont très fortes et permettent une punition naturelle plus qu'efficace ! Nous entendons des sortes de claquements au loin, ce sont les Chanchos, les cochons sauvages. Le bruit correspond aux claquements des dents de l'animal sur l'amande d'un fruit. Les Chanchos se nourrissent de cela et de tout le reste, ce sont les nettoyeurs de la jungle. Là où ils passent, l'herbe repousse sur un terrain tout propre, c'est bien simple, ils mangent tout. Ces cochons forment des colonies allant jusqu'à quatre cents membres. Pendant que la troupe se nourrit, les gardes sont à l'affût. Si une menace guette, ils poussent un cri rauque d'alerte et diffusent, grâce à une glande située au dessus de la queue, une odeur nauséabonde fortement musquée ayant la même efficacité qu'une bombe lacrimogène. Parfois ils s'attaquent à l'homme en meute, si on les embêtes... Ils forment un cercle pour forcer l'homme à grimper à un arbre. Une fois en haut de l'arbre, l'homme doit pour survivre supporter les bombes lacrimogènes lancées par les glandes des Chanchos. Un seul but, asphyxier le bipède pour le faire tomber et le dévorer avec une efficacité redoutable. Nous aurons la chance d'approcher de très prêt les Chanchos,une petite vidéo pourra vous montrer à quoi cela ressemble et quels bruits ils émettent, pour l'odeur, cela restera une expérience personnelle...

La suite et la nuit dans la jungle très prochainement...